Le pacte invisible

Atelier d'écriture de Leiloona n°74. Le principe: écrire à partir d'une photo

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Crédit photos : Romaric Cazaux

    Arrivée devant ma porte, j’ai trébuché. Résultat : mes clés sont passées par-dessus la rambarde.

    Je jette un œil en bas. Un vertige me saisit. J’ai horreur du vide. Il me semble distinguer une tâche au rez-de-chaussée. Mes clés. Je suis bonne pour redescendre les marches.

    Arrivée au deuxième étage, j’entends des éclats de voix. Une dispute éclate derrière cette porte. Je ne suis pas du genre commère, mais j’ai tendu l’oreille.

    - … Qui c’est… Tu vas me…

    Un bruit de verre brisé.

    Je ne suis pas du genre proche de mes voisins. Je sais qu’une vieille dame, ainsi qu’un couple d’âge moyen et leurs deux enfants habitent au premier. Je croise souvent les enfants quand je pars au travail. Au deuxième, il y a ce couple dont je n’arrive pas à me souvenir à quoi ils ressemblent et un bellâtre célibataire. Il s’appelle Stéphane. Nous avons dû échanger quelques phrases de toute banalité. Au troisième un couple de retraités et encore une famille. Et au dernier étage, moi-même, ainsi qu’une colocation d’étudiants.

    J’imagine la vaisselle ou de vilains bibelots voler à travers la pièce. Ils continuent de crier. Est-ce une affaire de tromperie, de jalousie ? On ne casse pas des objets pour rien. La plupart du temps, c’est pour ce genre de raison, enfin j’imagine. Si cela devait m’arriver, je crois que je ne casserai pas ma vaisselle.

    Quelqu’un tourne le verrou de la porte. Surprise, je me retourne pour descendre les marches. Trop tard. J’ai croisé le regard de l’homme qui sortait de l’appartement. Ma présence l’a surpris et il me lance un horrible regard.

    J’ai honte. Il a dû se dire que j’écoutais aux portes. Oui, c’est ce que j’ai fait, mais enfin ça ne me ressemble pas de faire ça.

    J’arrive au rez-de-chaussée et voit mes clés. Je m’accroupis pour les récupérer. Je le sens passer près de moi. Je rebrousse chemin en m’efforçant de ne pas croiser son regard.

    En arrivant au deuxième étage, je ne peux m’empêcher de m’arrêter à nouveau. Et s’il avait battu sa femme ? Peut-être a-t-elle besoin d’aide ? Je repense au regard de cet homme. Un regard qui me disait clairement de passer mon chemin.

    J’ai toujours ressentie depuis que j’habite ici qu’une sorte de pacte invisible était scellé entre nous, locataires. Un pacte de cohabitation pacifique qui n’admettait aucune intrusion. Je m’apprêtais à rompre ce pacte. Il le fallait, sinon je ne m’en sentirais que plus honteuse.

    La porte du rez-de-chaussée claqua. Quelqu’un vient de rentrer. Lui ?

    Je me précipite sur la rambarde pour voir de qui il s’agit. Je ne vois qu’une main qui s’y appuie, puis un visage. Stéphane. Je pousse un soupir de soulagement.

    - Il se passe quelque chose ?

    - Je… J’ai fait tomber mes clés depuis là-haut. J’ai entendu une dispute plutôt violente et…

    A ma grande surprise, Stéphane frappa sans hésitation à la porte en question. De son autre main, il saisit son téléphone et dit :

    - Cette fois, ça ne peut plus durer. Je l’avais prévenu que s’il touchait encore une fois à elle, j’appellerais les flics.

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Commentaires (7)

1. lucie (site web) 2013-04-01

et bien ! si seulement cela pouvait se passer comme ça pour de bon...

2. Leiloona (site web) 2013-04-01

Parfois les voisins se révèlent ... Finalement le pacte n'est pas si scellé que ça ! ;)

3. celineviel (site web) 2013-04-01

C'est tout à fait ça !

4. Yosha (site web) 2013-04-01

C'est marrant, en lisant ton texte, je me disais que c'était aussi un peu une mise en abyme de la lecture : écouter aux portes, vouloir connaître la vie des autres... J'aime bien le personnage décidé de Stéphane !

5. celineviel (site web) 2013-04-02

Ton commentaire est intéressant, je n'avais pas vu les choses de cette façon.

6. stephanie (site web) 2013-04-03

c'est vrai que c'est tentant de savoir ce qui se passe à coté de nous a dessus au dessous, je pense qu'on a tous ce petit cote voyeur/curieux, j'aime l'hesitation de ton personnage tiraillé entre ce qui se fait, et ce qu'on doit faire.

7. celineviel (site web) 2013-04-03

Merci.
Oui, je pense aussi que chacun (avec un degré plus ou moins prononcé) peut se comporter ainsi à un moment ou à un autre.

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