Retour sur Terre

Atelier de Leiloona n°78. Le principe : écrire à partir d'une photo

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    Marius et son équipe venait d’atterrir sur cette planète dévastée. On leur enseignait qu’elle était la leur avant le cataclysme. C’étaient il y a un peu plus de 100 ans. Quelques milliers de personnes avaient embarqué à bord de vaisseaux en partance pour une Terre promise. Les autres, les sacrifiés, d’après certaines rumeurs, n’avaient pas attendu que la mort vienne les chercher. Cela représentait des milliards de personnes. Une tragédie dont chaque génération porte le fardeau, un fardeau que l’Institution veut rendre plus léger avec le temps. Pour cette raison, elles avaient condamnés ce voyage.

    D’après les capteurs, elle était bel et bien vide de toute forme de vie, mais des traces du passé subsistaient. C’est pour cela qu’ils étaient venus. C’était la première expédition lancée dans le but de rapporter des vestiges du passé. Elle était certes clandestine, mais elle comptait, elle compterait pour tous un jour.

    Marius était un historien, en tant que tel il lui paraissait indispensable de retourner sur leur terre d’origine, comme le faisait les archéologues auparavant, afin d’étudier les anciennes civilisations. Nathan, un riche scientifique très influent, s’était joint à lui. Il lui avait fourni tout le matériel nécessaire au voyage. Si son influence n’avait pas suffi à leur obtenir l’aval de l’Institution, elle leur avait ouvert quelques portes pour s’envoler clandestinement sans être repéré. Irène et Franck, un couple d’astronaute qui comptaient parmi les amis proche de Nathan, se chargeaient de piloter la navette. Et enfin Anna, une autre historienne, qui enseignait dans le même établissement que Marius, séduite par le projet, était venue.

    Les 5 membres de cette expédition revêtaient leur combinaison. L’air était encore toxique, il était également nécessaire de porter un masque. Nathan ouvrit la porte. La lumière du jour était faible, obstruée par un ciel chargé de nuages.

    - C’est donc comme ça la Grèce, s’exclama Irène.

    - Le pays de Platon, d’Aristote, d’Epicure et d’Homère. J’ai parcouru leurs ouvrages à la bibliothèque. As-tu des précisions sur la région ? demanda Anna à Marius.

    - Nous sommes à Delphes, je crois, répondit-il. La cité de l’oracle d’Apollon…

    - Au lieu de parler, si nous allions visiter l’endroit, coupa Nathan.

    La vue nous impressionna autant qu’elle nous affligea. Nous étions sur la cime d’une montagne. Les montagnes alentours qui auraient dû contenir de grands arbres verdoyants n’étaient plus qu’un paysage stérile. Avec le temps, il ne restait que des troncs morts à terre. Plus proche d’eux, des murs étaient encore debout à certains endroits, ailleurs des tas de gravats obstruaient les anciennes routes.

    - Nous allons nous diviser en 2 groupes. L’objectif est d’explorer et de récolter des objets pour préserver ce qui peut être sauvé. Et surtout, n’hésitez pas à photographier les lieux avant d’y toucher, c’est très important.

    - Soyez aussi prudents, tout cela peut être instable, précisa Nathan.

    Marius et Anna partirent de leur côté. Pour l’instant, les ruines étaient juste des ruines. Ils avaient trouvé des résidus de technologie, mais rien d’exploitable. Découvrir tous ces déchets mit à mal leur optimisme. Tout ce qu’ils avaient récolté au bout d’une heure d’exploration éprouvante était quelques livres. Les auteurs leur étaient inconnus. L’ancienne époque était connue pour sa publication massive de romans pas toujours de qualité. Ceux-ci en faisaient sûrement partis, mais dans le doute, ils les emportèrent.

    Ils poursuivirent malgré tout. Il ne restait plus qu’une heure avant de retrouver les autres à la navette. Anna ramassa un panneau métallique sur lequel il était écrit : Αρχαιολογικό Μουσείο Δελφών et Archaeological Museum of Delphi.

    - Tu vois ça ? Il y avait un musée par ici. C’est exactement ce qu’il nous fallait. Il fait contacter les autres pour les prévenir.

    - Nous n’avons encore rien trouvé, ne sois pas trop enthousiaste.

    - Arrête ! Je n’ai pas traversé le système solaire pour ça, dit-elle en désignant les livres. Ni pour supporter ton sale caractère, alors sourit et fouille.

    A quelques pas, ils trouvèrent de larges marches, typique de celles qui précèdent les grands édifices. Un musée peut-être. Deux murs étaient encore debout. Anna les photographia avant de s’approcher. Le sol était jonché de ce qu’elle supposait être des statues, des vases et autres objets, certainement antiques, brisés. Rien de tout cela ne valait le coup d’être ramené, mais elle ne désespérait pas.

    - Anna ! Viens voir !

    Marius fit rouler une tête en marbre pour voir son visage. Hormis le nez cassé, la tête était en assez bon état. Il admira ses cheveux bouclés, ses yeux et ses lèvres si finement sculptés. Il caressa la joue droite, le menton avec douceur. Marius était ému. Toucher une relique de l’ancien temps, l’avoir entre les mains, il en avait rêvé et il y était arrivé. Il demanda à Anna de l’aider à pousser des morceaux trop lourds pour lui seul. Il espérait trouver une pancarte, un socle sur lequel il serait écrit le nom de celui à qui appartenait ce visage.

    - Antinoüs ! s’écria Anna. Il pourrait s’agir d’Antinoüs.

    Marius lui prit la pancarte des mains.

    - Il faut emporter tout ça. La tête, la pancarte. Nous devrions retourner à la navette. Je veux me connecter à la base de données et voir qui est notre mystérieuse statue.

    Nathan et les autres n’avaient pas trouvé grand-chose : une assiette et un tableau champêtre miraculeusement intact, ainsi que quelques livres. La tête d’Antinoüs fit son effet et l’équipe décida de retourner sur place pour, qui sait, trouver d’autres trésors. Sauver tout ce qui pouvait l’être était pour eux un devoir, mais il faudrait attendre le lendemain, car la nuit tombait.

     - Je suis sûr que beaucoup de belles découvertes nous attendent. Il faudrait aussi aller dans d’autres pays. En Italie ou en France peut-être, projeta Nathan avec enthousiasme.

    - Nous devrions cibler les endroits proches des grands musées. C’est là que nous aurons le plus de chance, non ? proposa Anna.

    - Oui. D’ailleurs, Nathan, que va-t-on faire des reliques une fois revenu ? Enfin, je sais que tu assures notre retour en toute sécurité, mais nous ne pourrons pas éviter des sanctions, s’inquiéta Marius, pour avoir enfreint l’autorité, non ?

    - Vous étiez au courant de ce que nous encourions en partant. Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai pris des mesures pour protéger ce que nous découvrirons.

    100 ans après le cataclysme, dans ce que l’Institution appelait leur Terre promise − une Terre qu’elles avaient promise et offerte aux personnes sauvées − il restait encore beaucoup à construire. Mais il restait aussi beaucoup de choses à sauver. Si peu de personnes s’en souciaient pour le moment, dans une autre centaine d’années il était certain qu’il y en aurait pour se réjouir de l’obstination de leur équipe.

    Marius caressa la tête d’Antinoüs satisfait de cette réponse, du moins pour l’instant.

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Commentaires (2)

1. Yosha (site web) 2013-05-06

Ah... tu fais partie du clan des futuristes cette semaine ;-)
J'aime beaucoup la façon dont tu mènes ton récit, on est happé par cette quête du passé.

2. Cardamone (site web) 2013-05-08

Excellente ton idée!

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