Extraits

Extrait du chapitre 1 - La grotte

 Les fjords, ces vallées glaciaires spectaculaires aux côtés escarpées qui se prolongent sous le niveau de la mer. C'était un passage obligé pour Jack et James. Après avoir passé deux nuits à Solvorn, où ils avaient marché sur le glacier Nigardsbreen, ils avaient pris la route pour Geiranger. Geiranger, c'est un site apparemment remarquable, des cascades merveilleuses, des fermes accrochés à flan de montagnes, il y a matière à vous couper le souffle.

Ce jour-là, ils se levèrent avec le soleil. Jack finissait son petit-déjeuner, tandis que James mettait en ligne quelques photos prises sur la plateau de Hardangervidda, une réserve naturelle de rennes sauvages. Cela faisait cinq jours qu'ils n'avaient pas d'accès à internet et ne postaient plus rien sur le site. Il vit un post datant de la veille. Il s'agissait de Léo et David au chute du Niagara.

Katarina et Erik, le couple qui tenait le camping, venait d’apparaître dans l'encadrement de la porte de la cuisine collective.

- Vous avez bien dormi ?

- Oui, merci, répondit Jack.

- Randonnées, je suppose ? questionna Erik.

- Oui, le sentier qui mène à Skagefla.

- Vous n'êtes pas débutant ? Ce sentier est assez dur quand même.

- On a de l'entraînement.

- Bon, on ne voudrez pas qu'il vous arrive quelque chose. Sachez que niveau météo, il n'y a pas de souci à se faire : grand soleil toute la journée. Allez à plus tard les jeunes.

Jack et James leur firent un signe de main. Quelques minutes plus tard, ils étaient prêts à partir. Erik  n'avait pas exagéré, le temps était splendide pour une randonnée. Pour atteindre Skagefla, il fallait compter quatre, guère plus. Il auraient largement le temps de rentrer avant la tombée de la nuit.

Il arrivait tout juste à Skagefla, lorsque le vent commençait à se lever. La ferme qui avait été construite à flanc de montagne n'était pas entouré de clôture. Ils s'approchèrent de la maison construite pour moitié en pierre et en bois. Les volets étaient clos, et aucune personne ne semblait présente. Ils s'allongèrent quelques instants sur l'herbe, lorsque brusquement le soleil se voila. Sous les yeux de Jack et James, les petits cumulus se transformèrent en nuages gris menaçant d'un instant à l'autre de déverser une forte pluie. Ils eurent tout juste le temps de ranger la nourriture qu'ils avaient étalé avant que le vent ne se déchaîne et que la pluie se déverse. Leur premier réflexe fut de chercher refuge dans l'un des deux bâtiments, mais impossible d'y entrer. Ils se maudirent d'avoir laissé leur coupe-vent. Plaqué contre un côté de la maison, ils attendaient que la pluie cesse en grelottant. La température avait dû chuter de plus de cinq degrés.

- Les nuages ne bougent pas, c'est étrange, constata Jack.

- Pas plus que le fait qu’ils soient apparus d'un coup, s'écria James impatient.

- Regarde, là-bas, dit Jack en montrant du doigt un point un pan de roche nu de la montagne. Il y a une cavité, non ? Reste ici, je vais voir.

- T'inquiète pas, je n'ai pas l'intention de bouger.

Jack était déjà parti en courant et ne l'entendit pas. Il manqua de glisser sur l'herbe, mais retrouva son équilibre, et poursuivit sa route sans ralentir. Il était à l'abri. La cavité était assez grande et surtout sèche. En réponse aux grands gestes de Jack, James se mit à courir à son tour.

- Sale temps, c'est pas possible.

- Arrête de râler.

- On est trempé, on a rien pour se changer, on va être malade pendant une semaine, tu veux que je sois content !

- Fais un sourire, dit Jack en dégainant son appareil photo. C'est pas trop ça, mais bon ça fera l'affaire...

Deux heures s'écoulèrent sans que rien ne change. L'eau commençait à investir l'entrée de la grotte, poussant Jack et James à se réfugier plus au fond.

(à suivre)

Extrait du chapitre 4 - A la recherche de Jack

  A Burdigala, ils ne tardèrent pas à atteindre la maison du druide. Ils entrèrent sans faire de bruit et se dirigèrent vers le salon, là où le druide passait le plus clair de son temps.

  - Entrez donc ! dit une voix derrière le fauteuil central.

  - Vous vous êtes bien moqué de nous avec vos belles paroles. Pourquoi avoir trahi Dridorix et vos frères ?

  Tous trois furent surpris. Le druide ne chercha pas un instant à nier sa trahison.

  - César propose de très belles offres aux druides. Il sait qu’une révolte se prépare dans le Nord, plus spécialement chez Vercingétorix. Il a proposé une paisible vie, en échange de rares services. Pour un vieillard comme moi, c’est appréciable.

  - Mais vous trahissez votre peuple !

  - César veut nous soumettre. Soit j’acceptais son marché, soit il me faisait condamner.

  - Où est passé Jack ? demanda Torim.

  - Je n’en sais rien. Mais à ce que je vois vous avez réussi à sauver ce jeune homme ! Votre ami n’aura peut-être pas cette chance.

  - Ne parlez plus jamais de lui, hurla James en prenant le druide par le col de son vêtement.

  Le druide avait du mal à respirer et James ne le lâchait pas. Torim les sépara tout en regardant le druide d’un air qui se voulait menaçant et James d’un air mécontent. Suite à ce qu’avait fait James, le druide raconta tout ce qu’il savait à propos de Jack.

  - Votre compagnon a été bastonné par les gardes de l’arbre et emmené au camp militaire le plus proche. Il est dirigé par Paulus Grapitus, un proche de César. Malheureusement, son fils était là quand vous avez volé les fruits. Il peut demander l’exécution de votre ami sans délai.

  - Où se trouve ce camp ?

  - Il faut que vous alliez à l’est de la ville. Une fois sortis, allez vers le sud jusqu’à ce que vous aperceviez un panneau avec le nom du camp.

  - S’il est arrivé quelque chose à notre ami, nous vous retrouverons où que vous soyez, s’exclama Kalyan.

  James était de plus en plus inquiet pour Jack.  Alors que le camp était en vue, il priait en silence pour que Jack s’y trouve.

  Ils lancèrent les chevaux au grand galop pour s’arrêter devant l’immense porte. Du haut de la muraille, deux légionnaires les regardaient stupéfaits. L’un des deux s’écria :

  - Que voulez-vous, gaulois ?

  - Nous voudrions parler au centurion de ce camp, sur-le-champ.

  - C’est impossible !

  - Pourquoi donc ?

  - Notre centurion est parti avec son fils et un prisonnier à Rome pour voir César.

  Le deuxième légionnaire interpella son camarade et lui dit :

  - Hé ! Mortus, je crois qu’il est interdit de divulguer ce genre d’informations. Pourquoi le leur as-tu ?

  - Je ne le savais pas.

  Lorsque le romain se retourna à nouveau vers les gaulois, ceux-ci avaient soudainement disparu.

  - Où sont-ils ?

  - Chut ! souffla le deuxième légionnaire, on ne dira rien.

 

  Jack était encore en vie et ils savaient à présent où le trouver. Ils n’attendirent pas un instant pour se mettre en route.

  Il n’était plus qu’à deux jours du centre de l’Empire. Le midi, la chaleur était écrasante, si bien qu’il était impossible de continuer. Un peu plus loin, se trouvait une forêt qui leur servirait d’abri pendant quelques heures. Ils attachèrent les chevaux aux arbres, s’assirent puis s’endormirent.

  Plusieurs heures étaient passées lorsqu’un homme vint les réveiller.

  - Que faites-vous ici ?

  - Vous le voyez bien, vieillard, nous dormons !

  - Ici, c’est mon arbre, expliqua-t-il.

  - Ah oui ! Il n’est pas réservé, répliqua Kalyan qui reprit : mais vous êtes aveugle !

  - Oui, en effet. Pourrais-je m’asseoir contre mon arbre ?

  Ils se poussèrent pour lui faire une place.

  - Comment faites-vous pour savoir que c’est le bon ?

  - Quelque chose me guide.

  - Je ne comprends pas, fit James, il n’y a personne autour de vous. Qui peut bien vous guider ?

  - Ma magie me guide, jeune étranger.

  - Etranger ?

  - Oui étranger. Je sais que tu n’as qu’une place temporaire ici. Je peux t’aider à partir quand tu auras trouvé ton ami. Alors faisons route ensemble jusqu’à Rome et après tu poursuivras ton voyage. Je t’aiderais à quitter ce temps, dit-il en tendant sa main que James serra tout de suite.

  - Vous m’aiderez à rentrer chez moi ?

  - Chez toi ? Si c’est là-bas que tu dois aller, tu iras, mais chaque chose en son temps.

  - Oui vous avez raison. Maintenant nous devons reprendre la route. Prenez mon cheval, proposa Kalyan au vieil homme.

 - Non ce ne sera pas nécessaire. Merci.

  Le magicien marmonna des paroles incompréhensibles et un cheval arabe gris arriva au trot. Ils partirent tous les quatre au galop.

Extrait du chapitre 5 - Le nouveau monde

   Le trou noir qu'ils avaient franchi ressemblait à un tourbillon. Jack et James étaient inanimés sur un sol dallé en marbre et entourés par des centaines de personnes, habillées à la mode grecque. Elles s'étaient tout de suite rassemblées autour d'eux, intriguées. Ils étaient littéralement tombés du ciel. Pour eux, ce ne pouvait être qu'un signe divin.

   Un groupe d'hommes s'approcha de Jack et James, les transportèrent dans le temple de la déesse Atlantira, la déesse principale de l'île. Elle était la créatrice de leur île et de leur civilisation. Elle contrôlait la vie et la mort. Une légende disait que, le jour le plus long de l'année, deux êtres tombés du ciel, les fils de la déesse, les instruiraient et leur révèleraient leur destin. Ils s'appelaient Dramoun et Tormoun. Les prêtres traversèrent le naos, la partie principale du temple. Ils les déposèrent derrière cette salle[1], sur des lits de soie. Ils se tenaient prêts à satisfaire leurs moindres souhaits. Pour cela, une table garnie de mets succulents et quelques coffres à vêtements avaient également été déposés.

   Jack et James se réveillèrent en fin d'après-midi, déçus de ne pas être de retour chez eux, et stupéfaits par le spectacle qui s'offrait à eux. Cinq prêtres courbaient l'échine et l'un d'eux s'exclama :

   - ô vénérables fils de notre déesse, bienvenue sur la terre de votre bien-aimée mère Atlantira. Nous sommes ici pour vous servir et comme l'exige la prophétie, la cérémonie durant laquelle vous révèlerez le destin que vous accordez aux serviteurs de notre déesse se déroulera demain quand le soleil sera à son zénith.

   Jack et James restèrent bouche bée par toutes ces révélations. Tous deux ne savaient quoi répondre. Après tout comment ne pas être déconcerté lorsque l'on est pris pour un dieu. Un certain nombre de personnes auraient probablement profité de la situation, mais pas eux. Ils cherchaient avant tout à savoir où ils étaient et quel était le rôle qu'ils devaient jouer ? En effet, après leurs précédents voyages, ils en étaient arrivés à la conclusion qu'ils voyageaient bel et bien dans le temps et que quelqu'un les y envoyaient dans un but précis, qui leur échappait pour le moment.

   - Dramoun, Tormoun désirent peut-être quelque chose, dit un prêtre en montrant la table.

   - Oui, nous voudrions savoir qui vous êtes et qui gouverne cette terre ? questionna Jack.

   L’homme parut tout d’abord stupéfait, mais répondit :

   - Je suis le Grand Prêtre d’Atlantira et je gouverne l’île. Les hommes que vous voyez ici sont attachés au temple. Mais il convient que, maintenant que les vénérables fils de notre déesse sont de retour parmi nous, ce soit vous qui gouverniez dès à présent. Je ne suis rien de plus qu’un serviteur dévoué à ses dieux.

   - Où et quand comptez-vous organiser la cérémonie ?

   - Demain, le peuple sera réuni devant le temple, vous ferez une offrande à votre mère et ensuite vous révèlerez devant l’île entière le destin d’Atlantide.

   A ces mots Jack et James blêmirent.

   - L’Atlantide ! murmura Jack à l’oreille de son ami. Mais c’est l’île mythique qui a été engloutie lors d’une éruption volcanique. Ce n’est qu’une légende !

   - Apparemment elle existe bel et bien, dit James d’une voix grave.

Extrait du chapitre 6 - Les envoyés de Hâpi

   Plus tard dans la nuit, Néfera et James se réveillèrent en premier, suivis de Jack. Un peu déboussolés, ils se levèrent pour explorer l’endroit dans lequel ils avaient atterri.

   - James regarde, murmura Jack qui était près de l’autel, il y a des statues. Je crois que ce sont des divinités égyptiennes.

   - Si nous sommes arrivés ici, comment se fait-il que nous n’ayons réveillé personne ?

   - Qui est là ? demanda le pêcheur qui regarda les nattes vides puis il reprit en abaissant son bout de bois : c’est vous ! Vous vous êtes enfin réveillés. Ça fait deux jours que vous dormez !

   - Deux jours ! dirent-ils en chœur.

   - Oui, expliqua-t-il, mon fils et moi pêchions la veille du nouvel an. Il y a eu un tourbillon et vous êtes apparus dans le Nil. Nous vous avons transportés ici et ma femme vous a examinés. Vous êtes en parfaite santé.

   - Merci et euh… en quelle année sommes-nous ?

   - Nous sommes à l’an cinq du règne de Toutankhamon[1].

   - Toutankhamon ! Le successeur d’Akhenaton ! s’exclama Jack.

   - Bah oui, il n’y en a qu’un, ironisa James.

   - Vous devez encore vous reposer ! Vous mangerez demain, coupa l’homme avant de repartir.

   Cependant ils ne purent dormir. Néfera ne comprenait pas ce qu’il s’était passé. Comment pouvaient-ils être vivants et avoir atterri en Egypte ? De plus, elle savait que l’époque des pharaons était antérieure à la sienne. Pourquoi Jack et James n’étaient-ils pas aussi choqués qu’elle ? Ils prirent le temps de répondre à toutes ses questions. Ils devaient tout lui expliquer depuis le début et elle dut se faire une raison : désormais elle ne pouvait plus rentrer chez elle, à son époque. A la question dans quel but faites-vous ces voyages, ils répondirent qu’ils n’en savaient rien, mais supposaient devoir sauver des gens, remplir une mission, bien qu’encore inconnue. Après un certain temps, Néfera préféra interrompre cette conversation. En réalité, elle aurait bien aimé s’endormir pour avoir la certitude que tout ceci n’était qu’un rêve.

   Le lendemain, la femme du pêcheur, Nounfra, les réveilla.

   - Ceci est donc vrai ! s’exclama Néfera.

   - Tu es libre, dit Jack, pourquoi ne t’en réjouis-tu pas ? Ce que nous vivons est peu commun et troublant, mais si fantastique ! Nous avons découvert des choses incroyables !

   - Que va-t-il se passer par la suite ?

   - Nous quitterons ce lieu pour un autre. C’est tout ce que nous savons. Tu n’as pas à t’inquiéter. Il faut que tu aies confiance en nous. Nous sommes liés maintenant. Surtout, il ne faut dire à personne d’où nous venons réellement car cela nous mettrait sûrement en danger.

   - D’où venez-vous réellement ?

   - Nous venons du futur, toi tu viens du XVème siècle, mais nous nous venons du XXème.

   - Le XXème siècle !

   Cette révélation la laissa sans voix. Le monde allait donc continuer à évoluer, pensait-elle, et à quoi ressemblait-il ? Les hommes étaient-ils meilleurs ? Elle n’arrivait pas à imaginer quoi que ce soit et elle n’était pas prête à en apprendre davantage. Ça, elle le savait.



[1] Pharaon de la XVIIIème dynastie (v. 1354 – 1346 av. J.C.)

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Date de dernière mise à jour : 2014-10-26

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